Les fonctionnaires, bien plus sujets à l’absentéisme ?

Loin des idées reçues, la publication du dernier rapport annuel sur l’état de la fonction publique fait parler les chiffres : la situation des fonctionnaires y paraît très comparable à celle des salariés du secteur privé.

Les fonctionnaires sont-ils davantage sujet à l’absentéisme que les salariés du privé ? Et si oui, pourquoi ?

Un constat nuancé

Selon le rapport de la direction générale de la fonction publique, publié en novembre 2015 (et portant sur les années 2012 et 2013), rien n’est moins sûr.
En effet, si le nombre d’agents a avoir posé un arrêt maladie est plus élevé dans le public que dans le privé (33% contre 28%), les absences sont plus longues chez les salariés du privé que chez les fonctionnaires : 52% d’entre elles sont inférieures à 8 jours dans le public, contre 46% pour le privé.
La comparaison n’est pas aisée, les méthodologies d’évaluation étant souvent différentes, mais il apparaît que les différences ne sont pas très importantes entre les deux grandes catégories.

Des absences justifiées

Et cela n’est pas étonnant ! En effet, les arrêts de travail correspondent à des situations de la vie courante inévitables : maladies, accidents du travail, congés maternité… Que l’on soit fonctionnaire ou salarié n’y change rien. Et de fait, les abus constatés sont rares : selon les années, seuls 5 à 6% des arrêts dans la fonction publique ont été jugés injustifiés par les instances de contrôle.

Des facteurs d’explication

Plus encore, la légère différence dans les chiffres de l’absentéisme, s’explique également, pour une grande partie, par des raisons démographiques.
En effet, statistiquement, la fonction publique compte dans ses rangs une proportion plus importante de femmes que le secteur privé (61% des effectifs, contre 44%), ainsi qu’un plus grand nombre de travailleurs âgés de plus de 40 ans.
Or, et sans que cela porte de jugement de valeur, les femmes – en raison du congé maternité –, et les séniors affichent des taux d’absence plus élevés que les autres catégories.

Des sanctions sans effet ?

Après deux ans d’application, du 1er janvier 2012 au 1er janvier 2014, le jour de carence a de nouveau été supprimé, sans que l’on puisse qualifier précisément son effet sur l’absentéisme.
Certes, les arrêts maladie d’une journée ont diminué de façon spectaculaire : -60% ! Mais ce chiffre masque le fait que beaucoup d’agents ont, à la place, posé une journée de congé. Ce qui signifie que les absences très courtes, qui sont les plus difficiles à gérer, n’ont pas disparu : elles se sont transformées en congés courts.
Surtout, si les arrêts de courte durée ont diminué, on a constaté, dans la même période, une augmentation des arrêts longs… Et, par conséquent, un volume total de jours d’absence relativement comparable pendant l’application du jour de carence.

Une attention spécifique en GPEEC

Le bilan quantitatif de l’absentéisme est, on le voit, difficile à appréhender précisément. Or, derrière les chiffres, c’est le volet « qualitatif » de la gestion de l’absentéisme qui offre une marge de progression importante pour faire diminuer les jours d’arrêt.
Une attention plus poussée aux conditions de travail des fonctionnaires serait fructueuse, dans la mesure où l’absentéisme est corrélé à la pénibilité des tâches.
Pourtant, les communes consacrent, en moyenne, moins d’un demi-ETP à la problématique de l’absentéisme, selon une enquête réalisée par le Syndicat national des DG des collectivités territoriales avec le cabinet de conseil CTR (citée par La Gazette des communes, 05/05/2015).
Une meilleure prévention est l’une des clés d’amélioration : la gestion prévisionnelle des effectifs est un levier efficace contre l’absentéisme. A ce sujet, le Livre Blanc sur la GPEEC dans la fonction publique territoriale, qui sera publié en mai par Randstad, livre des éclairages intéressants.

Et demain, le temps de travail ?

Après le débat sur l’absentéisme, le débat sur le temps de travail ? L’ancienne ministre de la fonction publique, Marylise Lebranchu, a confié à Philippe Laurent, secrétaire général de l’Association des Maires de France et maire de Sceaux, une mission d’étude sur le temps de travail des fonctionnaires. La ministre l’affirme : « j’en ai assez des personnes qui pensent que tous les fonctionnaires ne travaillent que trente heures par semaine payées trente-cinq. (…) La continuité du service public implique des obligations d’astreinte et d’horaires. Beaucoup de fonctionnaires travaillent le dimanche et la nuit, par exemple. Et il existe de nombreux agents de la fonction publique à qui l’on doit du temps sans qu’on leur rende et que l’on ne voit pas dans la rue pour autant. »
La nouvelle ministre Annick Girardin, attend la publication du rapport ce printemps.

Témoignage : Aline Crépin, directrice du Pôle public de Randstad

Que peut-on retenir de ces études ?

En premier lieu, le coût total de l’absentéisme. Il est évalué à 1772€ par agent titulaire en 2013, et plus encore, à 1961€ en 2014 ! Cela recouvre les coûts de remplacement, les problèmes d’organisation, la baisse de qualité du service… Investir dans la prévention et dans le traitement est indispensable : le cas évoqué d’un demi-ETP en moyenne dans les communes est symptomatique, il faudrait y consacrer davantage de moyens ! D’autant plus que la Fonction Publique doit intégrer l’exigence de continuité du service public.

Peut-on vraiment lutter contre l’absentéisme ?

On peut lutter contre, et on peut surtout anticiper. Avec une gestion prévisionnelle des effectifs(GPEEC) efficace, on fait de la prévention, on étudie les postes à forte pénibilité, on revoit l’organisation des équipes en amont, on forme…
Et, avec des mécanismes suffisamment anticipés de remplacement des agents absents, on offre à la collectivité, en cas de problème, une solution forte plus rapide. Ainsi, le recours à l’intérim peut contribuer à réduire le coût des absences. Cela peut sembler paradoxal, mais acheter des journées de travail supplémentaires peut, en définitive, diminuer le coût des absences.

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